- L’attestation de non alcoolémie est un document sur l’honneur, souvent exigé par les assureurs ou les employeurs dans des contextes précis.
- Elle ne remplace pas un test d’alcoolémie réglementaire et n’a pas de valeur probante absolue devant les tribunaux.
- Son contenu doit être précis : identité, déclaration explicite, date, signature — sans formule ambiguë.
- En cas de fausse déclaration, le signataire s’expose à des sanctions civiles et pénales, notamment pour faux et usage de faux.
- Les agents publics soumis à des obligations de sécurité au travail sont particulièrement concernés par ce type de document.
Un seul document mal rédigé peut entraîner la nullité d’un contrat d’assurance ou la mise en cause de la responsabilité d’un employeur. L’attestation de non alcoolémie est pourtant souvent traitée comme une simple formalité. Ce serait une erreur.
Qu’est-ce qu’une attestation de non alcoolémie ?
L’attestation de non alcoolémie est un document écrit par lequel une personne déclare, sur l’honneur, ne pas être sous l’emprise de l’alcool au moment d’un événement ou d’une action déterminée. Il s’agit d’une attestation sur l’honneur au sens strict : aucune mesure instrumentale n’est effectuée, seule la parole du signataire engage.
Ce document est fréquemment utilisé dans deux grands contextes. D’une part, dans le cadre des contrats d’assurance automobile — notamment après un sinistre — où l’assureur peut exiger que le conducteur certifie son état au moment de l’accident. D’autre part, dans le cadre professionnel, lorsqu’un employeur doit attester de la sobriété d’un salarié avant une prise de poste à risque.
La forme est simple : un texte rédigé à la main ou imprimé, daté, signé. Mais la portée juridique, elle, est loin d’être anodine.
Dans quels cas est-elle exigée ?
En matière d’assurance automobile
Après un accident de la circulation, certaines compagnies d’assurance IARD (Incendie, Accidents et Risques Divers) insèrent dans leurs formulaires de déclaration de sinistre une rubrique demandant si le conducteur avait consommé de l’alcool. Lorsque aucun contrôle routier n’a eu lieu, l’assureur peut demander une attestation de non alcoolémie distincte.
Cette démarche vise à déterminer si la garantie est mobilisable ou si une exclusion contractuelle s’applique. En effet, la plupart des contrats d’assurance auto prévoient une exclusion de garantie — voire un recours de l’assureur contre l’assuré — en cas de sinistre commis sous l’empire d’un état alcoolique caractérisé, au sens de l’article L. 113-1 du Code des assurances.
Dans le cadre professionnel et la fonction publique
Pour les agents publics et les salariés affectés à des postes de sécurité — conduite de véhicules administratifs, manipulation de machines, travail en hauteur — l’employeur peut être amené à consigner une attestation de non alcoolémie dans le dossier d’incident ou lors d’une vérification préventive.
Dans la fonction publique territoriale, certains services techniques — voirie, logistique, entretien des bâtiments — encadrent formellement cette obligation par voie de règlement intérieur. Le document s’inscrit alors dans une démarche de prévention des risques professionnels, au titre des dispositions du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l’hygiène et à la sécurité dans la fonction publique.
À noter : les procédures d’alcootest réglementaires (éthylomètre homologué, dépistage salivaire) restent distinctes et supérieures en valeur probante à toute attestation sur l’honneur.
Comment rédiger une attestation de non alcoolémie valide ?
Il n’existe pas de formulaire Cerfa officiel pour ce document. La rédaction reste libre, mais certains éléments sont indispensables pour lui conférer la portée attendue. Voici les mentions obligatoires :
- Les nom, prénom, date et lieu de naissance du signataire
- L’adresse complète
- La formule déclarative explicite : « Je soussigné(e) [identité], atteste sur l’honneur ne pas avoir consommé de boisson alcoolisée le [date], lors de [événement précis]. »
- La mention « En foi de quoi, la présente attestation est établie pour valoir ce que de droit. »
- La date et le lieu de rédaction
- La signature manuscrite
La précision temporelle est essentielle. Une attestation qui ne mentionne pas l’heure ou l’événement concerné peut être contestée. En cas de litige, un assureur ou un juge appréciera la cohérence entre la déclaration et les éléments de contexte disponibles.
Pour les agents publics qui gèrent ce type de documents dans leurs services, la rigueur formelle s’impose au même titre que pour tout acte administratif. Cette logique est d’ailleurs analogue à celle qui s’applique aux formulaires Cerfa de déclaration préalable, où une mention manquante peut bloquer toute la procédure.
Quelle est la valeur juridique de ce document ?
Une valeur probante relative
L’attestation sur l’honneur ne constitue pas une preuve irréfutable. Sa force juridique est celle d’un aveu extra-judiciaire : elle peut être invoquée par la partie adverse, mais elle peut aussi être contestée. Le juge reste libre de l’apprécier souverainement, au regard de l’ensemble des éléments du dossier.
En pratique, si une expertise médicale ou un rapport de police établit un état alcoolique contraire à la déclaration, l’attestation perd toute crédibilité. Pire, elle peut alors constituer un élément à charge contre son auteur.
Les risques en cas de fausse déclaration
Signer une attestation de non alcoolémie mensongère expose à des conséquences sérieuses. Sur le plan civil, l’assureur peut invoquer la fausse déclaration pour annuler le contrat ou exercer un recours subrogatoire contre l’assuré — c’est-à-dire lui réclamer le remboursement des sommes versées aux victimes.
Sur le plan pénal, la fausse attestation est susceptible de tomber sous le coup de l’article 441-7 du Code pénal, qui réprime l’établissement de fausses attestations d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Un risque que peu de signataires ont pleinement conscience de prendre.
Ce niveau d’exposition pénale n’est pas sans rappeler celui qui concerne d’autres domaines sensibles comme le blanchiment d’argent, où la déclaration mensongère engage la responsabilité personnelle du signataire de manière lourde et durable.
Ce que les gestionnaires RH et les agents publics doivent anticiper
Pour les services RH de la fonction publique, la gestion des attestations de non alcoolémie s’inscrit dans une politique globale de prévention des risques au travail. Plusieurs points de vigilance méritent attention.
- Formaliser la procédure par voie de règlement intérieur : sans base textuelle explicite, la demande d’attestation peut être contestée par l’agent concerné, notamment devant le tribunal administratif.
- Ne pas substituer l’attestation au contrôle instrumenté : lorsque le poste l’exige, le recours à l’éthylomètre homologué reste la seule voie réellement probante. L’attestation ne peut s’y substituer.
- Conserver les documents dans le dossier administratif avec les précautions liées au RGPD, la sobriété étant une donnée de santé susceptible d’être ainsi qualifiée.
- Informer les agents sur les conséquences d’une fausse déclaration : la transparence prévient les contentieux.
- Articuler ce dispositif avec la médecine du travail, qui reste l’interlocuteur compétent pour évaluer l’aptitude des agents à des postes de sécurité.
Cette logique de sécurisation documentaire s’applique également dans d’autres domaines sensibles de l’administration. On pense par exemple aux procédures gérées par l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS), où la rigueur formelle des documents présentés conditionne l’ensemble du traitement administratif.
Ce qu’il faut retenir
- L’attestation de non alcoolémie est un acte déclaratif, sans valeur instrumentale. Elle engage la responsabilité civile et pénale de son auteur en cas de fausse déclaration.
- Elle est principalement utilisée dans les contrats d’assurance automobile et dans les environnements professionnels à risque, dont la fonction publique territoriale.
- Sa rédaction doit être précise : identité complète, événement daté, formule déclarative explicite, signature manuscrite. Toute imprécision affaiblit sa portée.
- Elle ne remplace pas un contrôle légal d’alcoolémie et ne lie pas définitivement le juge, qui reste libre de son appréciation.
Conclusion
L’attestation de non alcoolémie est un document à prendre au sérieux, aussi bien pour l’agent ou le conducteur qui la signe que pour l’employeur ou l’assureur qui la reçoit. Sa simplicité apparente ne doit pas masquer sa portée juridique réelle. Une rédaction approximative ou une fausse déclaration peuvent avoir des conséquences disproportionnées par rapport à ce que beaucoup imaginent.
Pour les services RH de la fonction publique, l’encadrement formel de ce document par voie réglementaire interne est une nécessité, pas une option. Et pour tout signataire, une règle simple s’impose : n’attester que ce que l’on peut affirmer en toute certitude.
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Questions fréquentes
L’attestation de non alcoolémie est-elle obligatoire après un accident de voiture ?
Elle n’est pas imposée par la loi, mais certains contrats d’assurance IARD la prévoient dans leurs clauses. L’assureur peut en faire une condition de traitement du dossier sinistre. Il convient de vérifier les conditions générales de son contrat avant de s’y conformer.
Peut-on refuser de signer une attestation de non alcoolémie ?
Oui, le refus est possible. Mais il peut avoir des conséquences contractuelles — notamment un délai de traitement allongé ou une mise en cause de la bonne foi de l’assuré. Dans un cadre professionnel, le refus peut également entraîner des mesures conservatoires de la part de l’employeur, dans les limites fixées par le règlement intérieur.
Quelle différence entre une attestation de non alcoolémie et un contrôle éthylométrique ?
Le contrôle éthylométrique est une mesure instrumentale réalisée avec un appareil homologué. Son résultat a une valeur probante élevée, opposable en justice. L’attestation sur l’honneur est une déclaration unilatérale, sans mesure objective. Elle peut être contestée à tout moment par un élément de preuve contraire.
L’attestation de non alcoolémie est-elle valable devant un tribunal ?
Elle est recevable comme élément de preuve, mais le juge apprécie sa valeur librement. En présence d’éléments factuels contraires — rapport médical, témoignage, données de l’accident — elle peut être écartée, voire retournée contre son auteur comme preuve de mauvaise foi.
Un agent public peut-il être sanctionné s’il signe une fausse attestation de non alcoolémie ?
Oui, doublement. Sur le plan disciplinaire, une fausse déclaration constitue une faute susceptible de conduire à une sanction pouvant aller jusqu’à la révocation. Sur le plan pénal, l’article 441-7 du Code pénal réprime l’établissement de fausses attestations d’une peine d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.







